EXTERIEURS DESIGN – n°50

EXTERIEURS DESIGN – n°50

1 avril 2016

Transition réussies

Un espace détente à la fois contemporain et en adéquation totale avec le contexte local : voilà le défi relevé par le duo de l’agence Réflexion Paysage. In fine, une subtile composition graphique qui encadre des lieux de repos très travaillés.

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Sur cette propriété de plusieurs hectares, à Trets, près d’Aix-en-Provence, les propriétaires souhaitaient un jardin à la fois fonctionnel et contemporain, comprenant une piscine, une grande pelouse, et valorisant un olivier centenaire. Avertis de ces contraintes, analysant avec soin le lieu, le duo de Réflexion Paysage, constitué de Nicolas Moingeon et de Yoran Morvant, repère un enjeu prioritaire : traiter une transition délicate entre une maison traditionnelle et un espace outdoor contemporain, sachant que celui-ci fait essentiellement face aux pièces à vivre de la demeure. Ils imaginent un principe de panoramas, comme le raconte Nicolas Moingeon : « Le terrain, plat, repose sur une restanque surélevée par rapport au reste du terrain. Nous avons souhaité créer un jardin d’inspiration contemporaine sous influence méditerranéenne. L’idée force a été d’imaginer un jardin ouvert sur le paysage alentour, notamment sur la pinède bordant la propriété, et sur différents éléments décoratifs et ambiances qu’il est possible d’embrasser en un seul coup d’oeil depuis l’intérieur de la maison et la terrasse. Le jardin s’organise autour de plans visuels suivant une perspective linéaire, créant ainsi une succession de scènes. » En respect du cahier des charges, le vieil olivier trône au coeur d’une étendue gazonnée, et « oriente la vue vers la piscine miroir qui est assise par un mur d’eau. En arrière-plan, se développe un paysage du Sud avec un champ de lavandes et des cyprès florentins positionnés de façon informelle. La pinède, au lointain, referme l’espace ».

Pour traduire la modernité recherchée par les propriétaires, Réflexion Paysage imagine un jeu graphique avec des bandes de galets, des flots de graminées ; on retrouve dans ce dessin très précis la patte créatrice de
Yoran Morvant, concepteur graphiste. Les harmonies ont été subtilement travaillées dans l’espace :
« Les tons employés sont volontairement clairs et semblables, beige, gris, blanc, notamment afin de trancher avec la végétation. Les murs en pierre côtoient le bois de la plage de la piscine et du coin détente, les chemins sont traités en pas japonais formés de dalles en béton blanc coulées sur place, le pourtour de la piscine est partiellement agrémenté d’un lit de galets gris. » Le choix d’un mobilier tout en rondeur participe à la douceur de ce passage entre habitat traditionnel et composition élaborée minérale et, bien entendu, végétale. Comme le précise Nicolas Moingeon : « Deux ambiances végétales cohabitent parfaitement au jardin. La première est légère et moderne, en bordure de la piscine et du coin détente, et créée par des vagues de graminées et de vivaces, telles que des Stipa tenuifolia (doré), Imperata ‘Red Baron’ (rouge/vert), Gaura lindheimeri (blanc/rosé), Pennisetum villosum (doré/blanc), Ophiopogon ‘Niger’ (noir), Tulbaghia violacea (mauve), Perovskia ‘Blue Spire’ (bleu)… En contrepoint, nous avons travaillé une ambiance plus traditionnelle en bordure de la restanque et en fond de jardin avec un mélange de petits arbres, arbustes et vivaces, tels que des rosiers, buis en boule, lavandes, bambous sacrés, oenothères roses, buddleias, figuiers… »

Cet espace de détente surélevé a été astucieusement conçu autour de la restanque : pour éviter de décaisser, les paysagistes ont, au contraire, accentué cet effet de podium, certes ombragé, mais avec une vue. Pour la terrasse, ils n’ont pas utilisé l’ipé qui borde le bassin, mais lui ont préféré un bambou thermochauffé, dans lequel ont été incrustées des leds pour un éclairage doux à la nuit tombée.

Le chantier a duré six mois, dont deux consacrés à son étude. Réalisé par l’entreprise locale Accent du Sud, le jardin a été pensé pour un entretien aisé : « Nous avons prévu des végétaux adaptés au climat local, consommant peu d’eau, ne nécessitant pour certains qu’une taille légère par an. Un paillage couvre l’ensemble des massifs, afin de limiter l’apport en eau et la pousse des mauvaises herbes. Des réseaux de goutte-à-goutte et d’arroseurs commandés par un programmateur apportent le volume d’eau dont les plantes ont besoin. »